Lorsque l’on parle d'IA dans la pratique soignante, les questions qui reviennent le plus souvent portent sur l'efficacité, la fiabilité, la réglementation, la responsabilité, la protection des données… mais rarement sur l'environnement.
Et pourtant, la recommandation n°7 du CNOI l'inscrit noir sur blanc dans sa prise de position de septembre 2025 : les infirmiers doivent prendre en compte la dimension environnementale de l'utilisation de l'IA. En effet, ce « coût » environnemental n'est pas anecdotique, et cette recommandation officielle de l'Ordre a le mérite de mettre la lumière sur ce point.
Ce sujet peut pourtant sembler éloigné du quotidien d'un IDEL. Entre deux passages au domicile d'un patient, la consommation en électricité d'un data center n'est pas exactement la première préoccupation, et c'est compréhensible.
Mais il y a une raison très concrète pour laquelle cette question mérite votre attention : vous faites déjà partie de l'équation. Chaque fois que vous utilisez un outil numérique (un logiciel de gestion, une messagerie sécurisée, un outil d'IA…) vous mobilisez des ressources énergétiques. La question n'est pas de savoir si vous contribuez à l'empreinte numérique du secteur de la santé, mais plutôt d'en être conscient, d'en comprendre les ordres de grandeur, et d'y répondre en choisissant des outils adaptés et sobres.
C'est précisément l'objet de cet article.
Cet article est le septième d'une série en huit parties sur l'IA à destination des IDEL. Le précédent traitait de l'interprétation des résultats proposés par un moteur de cotation NGAP : comment lire une cotation argumentée, adapter son jugement professionnel, et ne pas déléguer sa décision à l'algorithme. Si vous ne l'avez pas encore lu : → Cotation NGAP et IA : savoir lire, interpréter et adapter ce que l'algorithme vous propose
L'IA consomme de l'énergie : ce que ça signifie concrètement
Des serveurs qui tournent en permanence
L'intelligence artificielle n'existe pas en tant que telle dans le monde tangible, mais elle tourne sur des serveurs physiques, installés dans des centres de données (data centers) qui consomment de l'électricité en continu : pour faire tourner les machines, pour les refroidir, et pour maintenir la disponibilité du service 24h/24.
Ces infrastructures ont une empreinte énergétique réelle. À titre de repère, le secteur numérique dans son ensemble représente aujourd'hui environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, une part comparable à celle de l'aviation civile. Et avec l'explosion de l'IA générative depuis 2023, cette empreinte est en croissance rapide.
Ce chiffre mérite d'être mis en contexte, car il concerne l'ensemble du numérique mondial avec ses outils que vous utilisez déjà quotidiennement, pas seulement l'IA. Mais il illustre que le numérique n'est pas qu’une activité immatérielle, il a également des conséquences réelles.
L'entraînement vs l'usage : deux niveaux de consommation très différents
Pour comprendre l'impact d'un outil d'IA, il faut distinguer deux phases bien différentes.
La phase d'entraînement est celle où le modèle apprend. Pour un grand modèle de langage généraliste comme ceux qui alimentent ChatGPT ou Gemini par exemple, cette phase mobilise des milliers de serveurs pendant des semaines ou des mois. Elle est extrêmement énergivore, et certaines études l'estiment à plusieurs centaines de tonnes d’équivalent CO₂ pour un seul modèle.
La phase d'inférence est celle où vous utilisez l'outil. Chaque requête que vous soumettez mobilise des serveurs pour calculer une réponse. C'est bien moins consommateur que l'entraînement, mais c'est cumulatif : des millions d'utilisateurs, des milliards de requêtes quotidiennes, et la facture énergétique grimpe.
Bonne nouvelle : en tant qu'IDEL, vous n'intervenez qu'en phase d'inférence. Et la consommation d'une seule requête est, prise isolément, très faible. Ce qui compte, c'est le type d'outil que vous utilisez et la façon dont vous l'utilisez. C'est là que votre choix a un impact réel.
IA généraliste vs IA spécialisée : une différence d'empreinte considérable
Nous avons abordé dans l'article 1 de cette série la distinction fondamentale entre l'IA généraliste et l'IA spécialisée. Cette distinction prend ici une nouvelle dimension, elle est environnementale.
Les grands modèles généralistes : puissants, mais coûteux
Les modèles de langage généralistes (LLM) comme GPT-5 ou Gemini-3 sont des outils remarquables de polyvalence. Ils peuvent rédiger un courrier, résumer un article, expliquer une pathologie, générer du code ou composer une poésie... Cette polyvalence a un coût : ils embarquent des centaines de milliards de paramètres, ce qui les rend très lourds à entraîner et relativement coûteux à faire tourner à grande échelle.
De plus, quand vous leur posez une question sur la cotation NGAP, ils mobilisent l'ensemble de cette puissance de calcul pour une réponse qui, comme nous l'avons vu dans les articles précédents, peut s'avérer imprécise ou obsolète. Vous payez le prix fort (en temps de calcul et en énergie) pour un résultat qui n'est pas garanti.
Un outil spécialisé : plus sobre par conception
Un moteur de cotation NGAP comme Idelia n'a pas besoin d'être universel. Il a été entraîné et calibré sur un domaine très précis : les actes infirmiers, les règles de la NGAP, et les conditions de cumul et de majoration. Cette spécialisation a plusieurs conséquences directes.
D'abord, le modèle est structurellement plus léger qu'un LLM généraliste : il n'a pas besoin de connaître la littérature mondiale, l'histoire de l'art ou les lois fiscales suédoises. Il sait coter des actes infirmiers, et il le fait très bien.
Ensuite, chaque requête que vous lui soumettez est traitée de façon ciblée et efficiente. Il n’y a pas de génération créative ou de raisonnement étendu sur des sujets non liés à votre question. On obtient uniquement une analyse précise de ce que vous avez décrit, mise en regard des règles NGAP en vigueur.
La sobriété numérique n'est pas une contrainte qu'Idelia s'est imposé a posteriori. Elle est intégrée dans la conception même de l'outil : un périmètre défini, une tâche précise, une empreinte proportionnée à l'usage.
Un usage ciblé, c'est aussi un usage sobre
Il y a un principe simple derrière ce que le CNOI résume dans sa recommandation n°7 : utiliser l'IA de façon proportionnée à l'usage.
Un IDEL qui consulte quotidiennement un moteur de cotation NGAP spécialisé génère une empreinte numérique sans commune mesure avec celui qui soumet des dizaines de requêtes par jour à un LLM généraliste pour des usages divers, y compris des usages qui ne nécessitent pas d'IA.
Il ne s’agit pas ici de juger l'un ou l'autre de ces usages, mais de mettre en lumière une réalité technique : la sobriété numérique commence par le choix d'un outil adapté à la tâche, et non par le recours systématique à l'outil le plus puissant disponible.
La sobriété numérique en santé : un enjeu collectif, une responsabilité individuelle
Le secteur de la santé face au numérique
Le secteur de la santé est l'un des secteurs qui numérisent le plus rapidement ses pratiques. Dossier patient informatisé, téléconsultation, ordonnances électroniques, outils de coordination inter-professionnels, aide à la décision clinique : chaque évolution numérique porte une promesse d'efficacité et de qualité des soins. Cependant, comme nous l’avons vu, chacune de ces évolutions amène également son « empreinte carbone ».
La bonne nouvelle, c'est que cette empreinte peut être maîtrisée, à condition que les professionnels de santé en soient conscients et impliqués. La question environnementale soulevée ici n'est pas l'affaire exclusive des DSI des hôpitaux ou des éditeurs de logiciels. C'est aussi l'affaire de chaque praticien, dans ses choix d'outils et dans son usage quotidien.
Le CNOI le formule d’ailleurs clairement dans sa recommandation n°7 : les infirmiers ont un rôle à jouer en tant que "acteurs éclairés", capables de comprendre les enjeux environnementaux du numérique et d'en tenir compte dans leurs pratiques. Un rôle d'abord pour eux-mêmes, mais aussi potentiellement de sensibilisation auprès de leurs patients et des étudiants en soins infirmiers (ESI) avec qui ils interagissent.
Ce que la sobriété numérique veut dire en pratique
La sobriété numérique, ce n'est pas renoncer au numérique, mais plutôt de l'utiliser de façon intentionnelle et proportionnée. Quelques réflexes simples peuvent faire la différence :
• Choisir des outils spécialisés plutôt que généralistes quand une tâche précise le justifie : un moteur de cotation NGAP pour coter, pas un LLM généraliste.
• Éviter les requêtes redondantes. Si vous avez obtenu une bonne cotation pour un acte courant, inutile de la soumettre à nouveau sans raison.
• Questionner la nécessité de chaque outil numérique ajouté à sa pratique, plus d'outils ne signifie pas toujours plus d'efficacité.
• Préférer des éditeurs transparents sur leur politique d'hébergement et leur empreinte écologique. Un éditeur qui ne communique pas sur ces sujets n'a probablement pas fait de sa sobriété une priorité.
Ces réflexes s'inscrivent dans une démarche plus large que le CNOI encourage : celle d'un numérique responsable, cohérent avec les valeurs de la profession infirmière et avec les enjeux de santé publique au sens large, y compris environnemental.
Ce que vous pouvez dire à vos patients et à vos étudiants
La recommandation n°7 du CNOI ne s'adresse pas seulement à l'IDEL dans son exercice personnel. Elle l'invite aussi à être un vecteur de sensibilisation auprès de son entourage professionnel et de ses patients.
Ce rôle de « relais » sera d’ailleurs approfondi dans l'article 8 consacré à la relation patient, qui est au cœur des métiers du soin et en particulier de celui des IDEL.
Avec les étudiants en soins infirmiers (ESI)
Les IDEL qui accueillent des stagiaires ou encadrent des ESI ont une occasion unique de transmettre non seulement des gestes techniques et des savoirs cliniques, mais aussi une culture professionnelle intégrant les enjeux numériques.
Expliquer à un étudiant que l'IA qu'il utilise a une empreinte carbone, que certains outils sont plus sobres que d'autres, et que le choix d'un outil adapté à la tâche est une forme de responsabilité professionnelle, c'est une transmission de valeurs autant qu'une formation technique.
Le CNOI note dans sa recommandation que les infirmiers peuvent être des acteurs de la sensibilisation à la sobriété numérique auprès des ESI. Ce rôle n'exige pas de maîtriser toute la complexité du sujet, il suffit d'en avoir conscience et d'en parler simplement.
Avec les patients
Vos patients, et particulièrement les plus jeunes d'entre eux, sont souvent très sensibilisés aux questions environnementales. Certains utilisent eux-mêmes des outils d'IA dans leur vie quotidienne.
Si un patient vous interroge sur vos outils numériques (nous y reviendrons dans l'article 8), vous pouvez lui expliquer avec simplicité que vous avez fait le choix d'un outil spécialisé et sobre, plutôt que d'un outil généraliste surdimensionné : c'est une forme de transparence qui renforce la confiance.
Vous n'avez pas besoin d'entrer dans les détails techniques, l'essentiel est de pouvoir répondre à la question avec honnêteté : « Oui, j'utilise un outil numérique pour m'aider à facturer mes soins. J'ai choisi un outil adapté, sécurisé et sobre, conçu spécifiquement pour mon métier. » C'est à la fois vrai, rassurant, et cohérent.
Ce que l'enquête du CNOI révèle sur la conscience environnementale des infirmiers
Dans l'enquête menée auprès des élus titulaires du CNOI en mai 2025, un chiffre interpelle particulièrement dans le contexte de cet article.
Parmi les infirmiers utilisant l'IA, la réduction des tâches administratives est citée en premier bénéfice perçu. La question environnementale, elle, apparaît rarement dans les retours spontanés, ce qui révèle à la fois une maturité encore limitée sur ce sujet, et une opportunité réelle de sensibilisation.
Le CNOI a choisi d'en faire une recommandation à part entière : la n°7 sur 8. Ce choix éditorial n'est pas anodin, il dit que la profession infirmière, dans son rapport aux outils numériques, ne peut pas faire l'économie d'une réflexion environnementale. Il dit aussi que les infirmiers sont des professionnels de santé publique au sens large, et que la santé publique inclut la santé de la planète.
Ce positionnement est cohérent avec les valeurs qui traversent toute la formation infirmière : « care », responsabilité, regard global sur la personne et sur son environnement. L'appliquer aux outils numériques, c'est simplement prolonger cette logique.
Ce que dit le CNOI — Recommandation n°7
La recommandation n°7 du CNOI (septembre 2025) demande aux infirmiers de :
• Prendre conscience de l'empreinte environnementale des outils numériques et d'IA utilisés dans leur pratique ;
• Privilégier des usages proportionnés et sobres, en évitant le recours systématique à des outils surdimensionnés pour des tâches simples ;
• Être en mesure de sensibiliser leurs patients et les étudiants en soins infirmiers aux enjeux du numérique responsable ;
• Intégrer la dimension environnementale comme critère de choix dans l'évaluation des outils numériques.
Cette recommandation s'inscrit dans une vision globale de la responsabilité professionnelle infirmière : technique, déontologique, éthique — et désormais environnementale.
Ce que vous devez retenir
Bien sûr :
• Empreinte des data centers - le numérique consomme de l'énergie réelle, même invisible ; en avoir conscience dans vos choix d'outils.
• LLM généralistes vs outils spécialisés - un LLM généraliste est bien plus énergivore qu'un outil ciblé ; privilégiez un outil de cotation spécialisé pour coter vos actes NGAP.
• Sobriété numérique - utiliser l'IA de façon proportionnée à l'usage ; questionnez la nécessité de chaque outil et préférez l'adapté au surpuissant.
• Rôle de sensibilisation - les IDEL peuvent transmettre ces valeurs aux ESI et informer leurs patients ; parlez simplement de vos choix d'outils quand la question se pose.
• Idelia et sobriété intégrée - un outil spécialisé sur la cotation NGAP est, par conception, plus sobre qu'un usage intensif de LLM généralistes ; choisir l'outil adapté à sa tâche, c'est aussi un acte de cohérence professionnelle.
On sait à quel point la cotation NGAP peut peser dans votre quotidien. Alors on a construit un outil qui vous aide à coter juste, simplement : un moteur de cotation NGAP automatisé. Inscrivez-vous pour rejoindre la communauté dès son lancement.
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La suite de cette série
Ce septième article abordait un sujet moins souvent évoqué, mais réel : l'impact environnemental des outils numériques en santé, et le rôle que les IDEL peuvent jouer en tant qu'acteurs éclairés et sobres dans leurs choix technologiques.
Dans le huitième et dernier article de cette série, nous aborderons la dimension la plus humaine de toutes : la relation entre vous, vos outils, et vos patients. Comment parler d'IA à quelqu'un qui ne sait pas ce que c'est ? Comment maintenir la confiance dans la relation de soin quand le numérique s'invite dans le cabinet ? Et pourquoi une cotation juste est aussi, finalement, un acte de transparence envers la personne que vous soignez.
→ Lire l'article 8 : Comment expliquer l'IA à votre patient ? L'IDEL, médiateur entre technologie et relation de soin
Cet article s'inscrit dans la série « L'IA pour les IDEL — Ce que l'Ordre recommande, ce que ça change concrètement », ancrée sur la Recommandation n°7 du CNOI (septembre 2025). Sources : Position et recommandations du CNOI relatives à l'utilisation de l'IA par les infirmiers, septembre 2025 — Agence Internationale de l'Énergie (AIE), rapport sur la consommation énergétique du numérique — Shift Project, Lean ICT : Pour une sobriété numérique (2019).