Un outil vous propose une cotation et vous l'appliquez. Quelques semaines plus tard, la CPAM vous signale une anomalie : la cotation était incorrecte. Qui est responsable ? Vous ? L'éditeur de l'outil ? Les deux ?

C'est une question que beaucoup d'IDEL se posent dès qu'ils envisagent d'intégrer un outil d'IA dans leur pratique, et c'est tout à fait légitime. Parce que derrière celle-ci, se trouve un enjeu fort et concret : votre responsabilité professionnelle.

La bonne nouvelle, c'est qu’un cadre règlementaire existe. La recommandation n°4 du CNOI est explicite sur ce point, et les principes juridiques qui s'appliquent à votre pratique n'ont pas changé avec l'arrivée de l'IA. Ce qui a changé, c'est la nature des outils que vous utilisez, et comprendre cette nuance est essentiel.

Cet article est le quatrième d'une série en huit parties sur l'IA à destination des IDEL. Le précédent traitait de la protection des données patients : RGPD, secret professionnel et hébergement certifié HDS. Si vous ne l'avez pas encore lu : → RGPD et IA : comment protéger les données de vos patients en tant qu'IDEL.


Un principe fondamental : la responsabilité professionnelle reste la vôtre

Avant d'entrer dans les nuances, posons le principe de base, celui que le CNOI formule sans ambiguïté dans sa recommandation n°4 :

« Le résultat fourni par l'IA ne doit pas se substituer à la décision du professionnel de santé. »

Ce principe n'est pas nouveau. En tant qu'IDEL, vous exercez sous votre propre responsabilité, dans le cadre d'une convention avec l'Assurance Maladie, et sous les obligations du Code de déontologie infirmière. Cela signifie que chaque acte réalisé, chaque cotation déclarée, chaque feuille de soins signée engage votre responsabilité civile et professionnelle, que vous ayez utilisé un outil d'IA ou non.

L'outil est un moyen, pas une protection. Si vous copiez sans réfléchir une cotation proposée par un algorithme, et que cette cotation s'avère incorrecte, vous ne pourrez pas vous retrancher derrière le fait que c'est "l'IA qui l'a dit". La responsabilité de la validation finale vous appartient.

C'est d'ailleurs exactement pour cela qu'Idelia est conçu autour d'un principe simple, que nous rappelons à chaque étape : Idelia calcule, l'IDEL valide. Pas l'inverse.


Aide à la décision ou substitution : une distinction capitale

Le droit distingue deux types d'usage de l'IA dans les professions de santé : l'aide à la décision, et la substitution à la décision. Cette distinction n'est pas théorique : elle conditionne la répartition des responsabilités entre vous et l'éditeur de l'outil.

L'IA comme aide à la décision

Dans ce mode de fonctionnement (le seul admissible pour un outil utilisé par un professionnel de santé), l'algorithme propose, et vous disposez. L'outil analyse les données que vous lui fournissez, formule une suggestion, vous explique son raisonnement, et c'est vous qui décidez de la valider, de la modifier ou de la rejeter. Votre jugement professionnel est au cœur de la décision.

L'IA comme substitut à la décision

Dans ce mode (celui que ni le droit ni le CNOI n'autorisent), l'algorithme prend la décision à votre place, et vous ne faites que l'appliquer. C'est le schéma qui expose le plus à des sanctions, car il revient à déléguer à une machine ce que seule une personne titulaire d'un diplôme et d'une responsabilité professionnelle est habilitée à faire.

Pour la cotation NGAP, la frontière est claire : l'IA peut vous proposer une cotation argumentée, fondée sur les règles en vigueur. Mais elle ne peut pas décider à votre place que cette cotation s'applique à votre situation réelle, avec votre patient, dans votre contexte clinique du jour.


Responsabilité civile, responsabilité ordinale : de quoi parle-t-on exactement ?

Pour bien comprendre ce qui est en jeu, il faut distinguer les deux grandes formes de responsabilité qui concernent les IDEL.

La responsabilité civile professionnelle

Elle couvre les dommages causés à un tiers dans l'exercice de votre activité. En pratique, pour la cotation, elle peut être engagée si une erreur dans vos actes déclarés cause un préjudice : remboursement d'indus à la CPAM, procédure contentieuse, etc. Votre assurance responsabilité civile professionnelle est là pour ça, à condition que vous l'ayez bien souscrite et qu'elle couvre l'usage d'outils numériques d'aide à la décision.

La responsabilité ordinale et disciplinaire

Elle est exercée par le Conseil de l'Ordre des infirmiers. Elle peut être engagée en cas de manquement aux règles déontologiques, d'erreurs graves et répétées, ou de comportements contraires à l'éthique professionnelle. L'usage non maîtrisé d'un outil IA (par exemple, une dépendance totale à l'algorithme sans exercer son jugement) pourrait, dans des cas extrêmes, constituer un tel manquement.

Ce que la CPAM peut contrôler

L'Assurance Maladie dispose de procédures de contrôle des pratiques de facturation. En cas d'anomalies répétées (sur-cotations systématiques par exemple) une procédure peut être déclenchée, pouvant aller du simple remboursement d'indus à une mise en demeure, voire une suspension de conventionnement dans les cas les plus graves. L'utilisation d'un outil de cotation non fiable, non à jour, ou mal utilisé ne constitue pas une circonstance atténuante.


La responsabilité de l'éditeur de l'outil : ce qu'il doit garantir

Si la responsabilité professionnelle finale vous appartient, l'éditeur de l'outil n'est pas pour autant exempt de toute obligation. L'AI Act européen, entré progressivement en application depuis 2024 (détaillé dans l'article 2 de cette série), impose des exigences strictes aux fournisseurs de systèmes d'IA à risque élevé.

Un éditeur sérieux et conforme doit pouvoir vous garantir :

•      La fiabilité et la mise à jour régulière du contenu réglementaire. Pour la cotation NGAP, cela signifie des mises à jour dès l'entrée en vigueur de chaque avenant conventionnel. Un outil figé dans ses règles est un outil obsolète.

•      La transparence du raisonnement. L'algorithme doit vous expliquer pourquoi il propose telle cotation, et non vous imposer un résultat opaque. Sans explication, vous ne pouvez pas valider.

•      La traçabilité. En cas de contrôle, vous devez pouvoir justifier vos cotations. Un outil qui archive les échanges et les résultats vous donne une protection supplémentaire.

•      La clarté sur les limites de l'outil. Un éditeur responsable ne prétend pas que son outil est infaillible. Il vous informe de ce qu'il ne sait pas traiter, des cas où vous devez impérativement recourir à votre propre expertise.

C'est précisément dans ce cadre qu'Idelia s'est imposé dès sa conception : cotation argumentée et lisible, base réglementaire constamment mise à jour, et un principe immuable : vous validez toujours la cotation finale. Cela n'élimine pas votre responsabilité, cela vous donne les moyens de l'exercer correctement.


Le consentement éclairé du patient face à l'usage de l'IA

La recommandation n°4 du CNOI aborde un point souvent oublié dans les discussions sur la responsabilité : la question du consentement du patient. Si l'IA intervient dans le parcours de soins, le patient doit en être informé.

Dans le cadre de la cotation NGAP, cette question est moins directe qu'elle ne l'est pour une aide au diagnostic ou à la décision clinique. La cotation est un acte administratif qui concerne la facturation de votre travail, pas le traitement du patient. Mais la transparence reste une valeur fondamentale de la relation de soin.

Concrètement, cela signifie deux choses : d'abord, que si un patient vous interroge sur vos outils de travail, il est légitime que vous puissiez lui expliquer comment vous cotez vos actes. Ensuite, que les outils que vous utilisez ne doivent pas traiter de données personnelles relatives à votre patient sans que celui-ci en soit informé.

Sur ce second point, rappelons ce qui a été détaillé dans l'article 3 : Idelia ne traite aucune donnée nominative patient. Vous décrivez un acte, pas une personne. Ce choix de conception simplifie considérablement la question du consentement, et renforce la confiance que vous pouvez légitimement avoir dans l'outil. Nous y reviendrons dans l'article 8 de cette série, entièrement consacré à la relation patient face aux outils numériques.


En pratique : comment vous protéger au quotidien

Comprendre le cadre de la responsabilité, c'est bien. Savoir comment le traduire dans votre pratique quotidienne, c'est mieux. Voici les réflexes concrets à adopter.

•      Ne validez jamais une cotation que vous ne comprenez pas. Si l'outil vous propose une cotation et que vous n'en comprenez pas le fondement, prenez le temps de consulter la NGAP, de poser la question à un pair, ou d'utiliser le module de formation Idelia. La validation aveugle est votre principal risque.

•     Gardez une trace de votre processus de décision. En cas de contrôle, pouvoir expliquer "pourquoi j'ai coté cet acte ainsi" est une protection. Les outils qui documentent leur raisonnement vous y aident.

•      Vérifiez que votre outil est à jour. Après chaque avenant conventionnel, assurez-vous que l'outil que vous utilisez intègre les nouvelles règles. Chez Idelia, c'est une priorité absolue.

•      Signalez les cas atypiques. Si vous êtes face à une situation que votre outil ne semble pas gérer correctement (cumul d'actes inhabituel, prescription ambiguë, contexte clinique complexe) c'est à vous de prendre la main. L'IA n'est pas équipée pour traiter ce qu'elle ne connaît pas.

•      Formez-vous. La recommandation n°5 du CNOI est sans ambiguïté : une formation technique à l'utilisation des outils est nécessaire. Ce n'est pas un luxe, c'est une condition pour exercer votre jugement de façon éclairée. C'est aussi pour cela qu'Idelia intègre un module de formation à sa plateforme de cotation.


Ce que dit le CNOI — Recommandation n°4

La recommandation n°4 du CNOI (septembre 2025) affirme que :

• Le résultat fourni par l'IA ne doit pas se substituer à la décision du professionnel de santé.

• L'infirmier doit être en mesure d'évaluer la pertinence du résultat proposé par l'outil.

• La responsabilité professionnelle reste entière, indépendamment de l'usage d'un outil d'IA.

• Le patient doit être informé de l'usage d'un outil d'IA dans son parcours de soins, dans les cas où cela le concerne.

 

Cette recommandation s'applique à tout outil numérique utilisé dans le cadre de votre activité professionnelle : pas seulement aux outils IA, mais avec une vigilance renforcée pour ces derniers.


Ce que vous devez retenir

Situation : cotation incorrecte proposée par l'IA, appliquée sans vérification

Qui est responsable : vous : la validation finale vous appartient.

Comment s'en protéger : ne jamais appliquer une cotation sans en comprendre le fondement.


Situation : Outil non mis à jour après un avenant conventionnel

Qui est responsable : L'éditeur et vous : vous avez le devoir de vérifier.

Comment s'en protéger : Contrôler les mises à jour réglementaires de l'outil utilisé.


Situation : Cotation atypique non détectée par l'IA

Qui est responsable : Vous : l'IA ne connaît pas votre contexte clinique.

Comment s'en protéger : Exercer son jugement professionnel sur les cas complexes.


Situation : Données patient transmises à un outil non sécurisé

Qui est responsable : Vous : responsabilité RGPD et déontologique.

Comment s'en protéger : Choisir des outils ne nécessitant pas de données nominatives.


Situation : IA utilisée comme substitut au jugement

Qui est responsable : Vous : faute déontologique potentielle.

Comment s'en protéger : Toujours valider en connaissance de cause : Idelia calcule, vous décidez.


La cotation NGAP, enfin simplifiée.
Avant-première

On sait à quel point la cotation NGAP peut peser dans votre quotidien. Alors on a construit un outil qui vous aide à coter juste, simplement : un moteur de cotation NGAP automatisé. Inscrivez-vous pour rejoindre la communauté dès son lancement.

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Quentin & Guillaume

La suite de cette série

Ce quatrième article abordait une question centrale : votre responsabilité professionnelle face aux outils d'IA. Vous savez maintenant que cette responsabilité ne disparaît pas avec l'arrivée des algorithmes, elle s'exerce différemment, avec de nouveaux outils et de nouvelles vigilances à développer.

Dans le prochain article, nous passerons de la théorie à la pratique. Nous verrons concrètement comment bien utiliser un outil d'IA de cotation NGAP : comment décrire un acte pour obtenir le résultat le plus juste, comment lire une cotation argumentée, et quelles sont les bonnes pratiques à adopter au quotidien.

Lire l'article 5 : Comment bien utiliser un outil d'IA dans sa pratique infirmière libérale — sans se tromper


Cet article s'inscrit dans la série "L'IA pour les IDEL — Ce que l'Ordre recommande, ce que ça change concrètement", ancrée sur la Recommandation n°5 du CNOI (septembre 2025). Sources : Position et recommandations du CNOI relatives à l'utilisation de l'IA par les infirmiers, septembre 2025 — Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil (AI Act) — Code de la santé publique, art. L. 1110-4 — Code de déontologie infirmière.