Vous êtes en train de finir un pansement chez Monsieur B., 74 ans, quand il vous lance, l'air de rien : « Et vous, vous utilisez aussi des robots maintenant ? »
La question est formulée avec humour, mais derrière elle, il y a un fond de sérieux : une curiosité réelle, parfois une inquiétude, et souvent une image de l'IA construite à partir des films de science-fiction ou des journaux télévisés, loin de votre quotidien d'IDEL.
Nous voilà au huitième et dernier article de cette série. Nous avons parcouru ensemble les fondements de l'IA, son cadre légal, la protection des données, la responsabilité, la technique, l'interprétation des résultats, et l'empreinte environnementale. Tout cela, c’est déjà autant de connaissances acquises pour vous ! Ce dernier article concerne la relation que vous entretenez avec vos patients, et particulièrement la place que la technologie y occupe.
Car la recommandation n°8 du CNOI ne parle pas de logiciels, elle parle de confiance.
Cet article est le huitième et dernier d'une série en huit parties sur l'IA à destination des IDEL, ancrée sur les recommandations du CNOI (septembre 2025). Si vous n'avez pas encore lu les articles précédents, l'article 1 est le meilleur point de départ : → Intelligence artificielle pour infirmiers libéraux : comprendre l'IA pour mieux coter ses actes.
Le patient face au numérique : une réalité complexe et souvent méconnue
Des patients aux profils très différents
Avant de parler de ce que vous pourriez dire à vos patients à propos de l'IA, posons une réalité de terrain : vos patients ne forment pas un groupe homogène face au numérique.
Certains utilisent déjà ChatGPT pour s'informer sur leurs pathologies, tandis que d'autres ne savent pas bien ce qu'est une application mobile. Entre les deux, il y a tous les profils, le retraité qui se méfie de tout ce qui est « informatique », la quadragénaire qui suit les actualités tech, le jeune adulte qui ne conçoit pas la vie sans smartphone…
Cette diversité a une implication directe, et il n'y a pas une façon d'expliquer l'IA à vos patients, mais plutôt il y a autant de façons que de situations. Ce qui compte, c'est votre capacité à adapter votre discours, et pour cela, encore faut-il comprendre vous-même ce que vous faites.
C'est précisément pour cela que cette série d'articles existe : pour que vous puissiez parler d'IA à un patient sans hésitation, parce que vous savez ce que l'outil fait, ce qu'il ne fait pas, et pourquoi vous avez fait le choix de l'utiliser.
La question que les patients ne posent pas encore, mais poseront bientôt
Dans l'enquête du CNOI de mai 2025, un chiffre frappe : près de 70 % des infirmiers utilisant l'IA déclarent qu'elle leur fait gagner du temps sur les tâches administratives. La cotation NGAP en fait partie, et ce gain de temps se voit. Un IDEL qui utilise un moteur de cotation travaille plus vite, avec moins d'erreurs, et peut consacrer plus de temps aux soins (ou à sa vie personnelle).
Or, les patients perçoivent ces changements ; pas nécessairement au niveau technique, mais dans l'attention que vous leur portez, dans la qualité de l'échange, ou encore dans la façon dont vous gérez votre temps. Et quand ils remarquent que vous utilisez votre téléphone ou une tablette pendant ou après une visite, certains s'interrogent.
La question viendra, peut-être pas aujourd'hui, mais elle viendra ! Mieux vaut y être préparé.
Ce que dit la recommandation n°8, et ce qu'elle ne dit pas
La recommandation n°8 du CNOI demande aux infirmiers d'intégrer le patient comme partenaire du soin face aux outils d'IA. Elle s'appuie sur un principe plus large qui encadre tout le document : l'IA est une aide à la décision, jamais un substitut au jugement professionnel ni à la relation humaine.
Concrètement, cette recommandation porte sur deux points distincts :
• L'information du patient sur l'usage d'un outil numérique, quand cet usage le concerne directement ;
• Le maintien de la qualité de la relation soignant-soigné, qui ne doit pas être altérée par l'usage des outils.
Ce que la recommandation ne dit pas, c'est qu'il faut obtenir un consentement formel écrit à chaque fois que vous utilisez un outil numérique après une visite. Elle ne dit pas non plus que chaque patient doit être briefé sur le fonctionnement des algorithmes.
Elle dit quelque chose de plus simple et de plus fondamental : votre patient a le droit de savoir que vous utilisez des outils numériques dans votre pratique, et vous devez être en mesure de lui expliquer pourquoi et comment.
Pour un outil de cotation NGAP comme Idelia, cela se traduit de façon très concrète. Vous décrivez un acte, pas un patient. Aucune donnée nominative n'est transmise, et la question du consentement formel ne se pose donc pas dans les mêmes termes que pour un outil qui traiterait des informations médicales personnelles (comme le détaille l'article 3 de cette série). Cependant, la notion de transparence, elle, reste essentielle.
Comment parler d'IA à un patient : les mots qui rassurent
Le piège du jargon
Le premier écueil quand on parle de technologie à quelqu'un qui ne la maîtrise pas, c'est d'utiliser un vocabulaire qui crée une distance au lieu de la réduire. « IA », « algorithme », « LLM », « moteur de cotation »... Ces termes sont utiles entre professionnels, mais ils peuvent générer de l'inquiétude ou de la méfiance chez un patient qui n'est pas familier avec cet univers.
La règle d'or est simple : parlez de ce que l'outil fait pour vous, pas de ce qu'il est.
Un patient comprend bien : « J'utilise un outil qui m'aide à bien calculer ce que je facture. » Il comprend moins bien : « J'ai un moteur de cotation NGAP automatisé basé sur un modèle de langage spécialisé. » La première formulation est transparente, précise, et rassurante. La seconde est exacte mais inutilement technique.
Des réponses concrètes aux questions concrètes
Voici les situations les plus fréquentes et comment les aborder avec clarté :
- "Vous utilisez un ordinateur pour me facturer ?" - répondez : "J'utilise un outil spécialisé qui m'aide à appliquer les règles de facturation correctement. C'est moi qui valide chaque acte." - renforce la transparence et la maîtrise professionnelle.
- "Est-ce que mes données sont dans la machine ?" - répondez : "Non, je décris l'acte que j'ai réalisé, pas votre identité. Aucune donnée personnelle n'est transmise." - renforce la confiance et la sécurité.
- "C'est l'IA qui décide des soins ?" - répondez : "Non, les soins, c'est moi qui les décide. L'outil m'aide uniquement à facturer correctement ce que j'ai fait." - renforce la clarté du rôle de l'IDEL.
- "Vous êtes sûr que c'est bien coté ?" - répondez : "Oui, l'outil s'appuie sur les règles officielles, je vérifie, et je signe. C'est ma responsabilité." - renforce la crédibilité professionnelle.
Le ton compte autant que le contenu
Dans la relation de soin, la manière dont vous dites quelque chose a parfois plus d'impact que ce que vous dites. Un patient qui vous voit répondre à sa question avec assurance et bienveillance sera rassuré, même s'il ne comprend pas tous les détails techniques. Un patient qui perçoit de l'hésitation ou de la gêne dans votre réponse peut s'inquiéter, même si votre explication est correcte.
Parler d'IA à vos patients n'est pas difficile si vous savez ce que vous faites et pourquoi. C'est là que tous les articles de cette série convergent : comprendre l'outil, connaître ses limites, maîtriser son usage, et pouvoir en parler simplement, parce que ce n'est plus un mystère pour vous.
La cotation juste comme acte de confiance envers le patient
Il y a une dimension de la recommandation n°8 qui est rarement évoquée, mais qui mérite de l'être : la cotation juste est en elle-même un acte de transparence et de respect envers votre patient.
Votre patient ne voit pas votre feuille de soins, il ne sait généralement pas combien coûtent vos actes à l'Assurance Maladie. Mais il vous fait confiance pour que vous facturiez exactement ce que vous avez fait.
Une sous-cotation régulière ne le lèse pas directement, mais elle vous fragilise économiquement, ce qui peut affecter la qualité et la continuité des soins que vous lui prodiguez. Une sur-cotation, même involontaire, engage sa solidarité vis-à-vis du système de santé, un système dont il dépend aussi.
En ce sens, utiliser Idelia pour coter correctement vos actes n'est pas seulement un geste professionnel. C'est aussi une forme de soin indirect envers la personne que vous soignez. C'est garantir que chaque visite est facturée à sa juste valeur, de façon transparente, sans erreur ni approximation.
C'est cela, l'angle inattendu de cette recommandation : la relation de soin passe aussi par l'intégrité de la facturation.
L'IDEL comme « relai » technologique : un rôle nouveau, une responsabilité naturelle
Un rôle que vous exercez déjà
Le terme de « relai technologique » peut sembler intimidant. En réalité, vous exercez déjà ce rôle chaque fois que vous expliquez à un patient comment fonctionne son tensiomètre connecté, comment accéder à son dossier médical partagé, ou pourquoi son médecin lui a prescrit une application de suivi de glycémie.
Vous êtes le professionnel de santé le plus proche de vos patients au quotidien. Vous les voyez souvent plusieurs fois par semaine, à domicile, dans leur environnement quotidien. Cette proximité fait de vous, naturellement, un point de repère de confiance, y compris sur des sujets qui dépassent les soins stricts.
L'IA dans la santé fait partie de ces sujets, et votre rôle de relai ne consiste pas à tout expliquer en détail, mais à rassurer, à démystifier, et à maintenir une relation de confiance malgré / ou grâce à l'intégration des outils numériques.
Ce que la relation de soin n'est pas
La recommandation n°8 du CNOI insiste sur un point fondamental : l'IA ne doit pas s'interposer entre vous et votre patient. La technologie sert le soin, le soin ne sert pas la technologie.
Concrètement, cela signifie que :
• Vous ne consultez pas votre outil de cotation pendant que vous soignez votre patient, mais après ;
• Votre patient ne doit pas avoir le sentiment d'être « traité » par une machine, il doit sentir que c'est vous qui le soignez, et que l'outil, s'il existe, est dans les coulisses ;
• La qualité de votre présence, de votre écoute et de votre geste clinique ne se délègue à aucun algorithme.
Ces principes peuvent sembler évidents, mais ils méritent pourtant d'être formulés, car la tentation du numérique (dans tous les secteurs, y compris la santé) est parfois de mettre l'outil au centre. Le CNOI rappelle que dans les professions de soin, le centre, c'est toujours la personne.
Le consentement éclairé face à l'IA : ce que vous devez savoir
L'article 4 de cette série a brièvement abordé la question du consentement du patient vis-à-vis de l'IA. C'est ici qu'il est pleinement développé.
Dans le droit de la santé, le consentement éclairé est le principe selon lequel tout patient doit être informé des actes qui le concernent, et doit pouvoir les accepter ou les refuser en toute connaissance de cause. Il s'applique aux soins, bien sûr, mais aussi aux outils utilisés dans le cadre de ces soins, dès lors qu'ils traitent des données personnelles relatives au patient.
Pour un outil de cotation sans données nominatives
Comme nous l'avons vu dans l'article 3, Idelia ne traite aucune donnée nominative patient. Vous décrivez un acte, pas une personne. Dans ce cas, la question du consentement formel ne se pose pas dans les termes habituels : vous ne transmettez pas de données de santé à caractère personnel.
Cela ne vous dispense pas de la transparence, si votre patient vous interroge sur vos outils, répondez honnêtement. Mais vous n'avez pas à lui demander une autorisation préalable pour utiliser Idelia.
Pour un outil qui traite des données personnelles
La situation est différente pour des outils qui stockent ou traitent des données personnelles relatives à vos patients : logiciels de gestion de dossiers, messageries sécurisées, outils de coordination... Dans ce cas, le patient doit être informé, et dans certains cas, son consentement explicite est requis.
La règle est simple : plus l'outil touche à des données personnelles de santé, plus la transparence et l'information du patient sont importantes. C'est le prolongement logique de ce qu'explique l'article 3 sur le RGPD et la protection des données.
Une série, un fil rouge : ce que ces huit articles construisent ensemble
Nous arrivons au terme de cette série, prenons un instant pour regarder le chemin parcouru.
Ces huit articles ne sont pas une liste de règles à mémoriser, ils sont une « carte » mentale pour vous aider : un cadre pour comprendre l'IA, l'évaluer, l'utiliser correctement, et en parler à vos patients, à vos pairs, à vos étudiants stagiaires.
Voici ce que cette « carte » contient :
• Article 1 : Comprendre ce qu'est l'IA — et la différence entre l'IA généraliste et l'IA spécialisée.
• Article 2 : Connaître le cadre légal — AI Act, convention nationale, recommandations du CNOI.
• Article 3 : Protéger les données de vos patients — RGPD, secret professionnel, hébergement HDS.
• Article 4 : Assumer votre responsabilité professionnelle — l'IA aide, vous décidez.
• Article 5 : Bien utiliser un outil de cotation — comment décrire, lire, valider.
• Article 6 : Interpréter les résultats — exercer votre jugement, adapter si nécessaire.
• Article 7 : Prendre en compte l'impact environnemental — sobriété numérique et outil adapté.
• Article 8 : Intégrer le patient comme partenaire — transparence, confiance, relation de soin préservée.
Ces huit points correspondent exactement aux huit recommandations du CNOI (septembre 2025), et ce n'est pas un hasard : elles ont été pensées pour former un tout cohérent, qui place l'infirmier comme acteur éclairé de sa propre pratique numérique.
Ce que ces articles ont cherché à construire, c'est précisément cela : non pas un rapport craintif ou naïf à l'IA, mais un rapport informé, outillé et professionnel. La technologie est là, et elle va continuer d'évoluer. Ce qui ne changera pas, c'est la valeur de votre jugement, de votre présence et de votre relation avec vos patients.
Ce que dit le CNOI — Recommandation n°8
La recommandation n°8 du CNOI (septembre 2025) demande aux infirmiers de :
• Informer le patient de l'usage d'un outil numérique ou d'IA dans son parcours de soins, chaque fois que cela le concerne directement ;
• Maintenir la qualité de la relation soignant-soigné, en ne laissant pas le numérique s'interposer entre les deux ;
• Exercer un rôle de médiateur technologique, en aidant le patient à comprendre la place des outils numériques dans ses soins ;
• S'assurer que l'IA reste un outil au service du soin, et non une fin en soi.
Cette recommandation s'inscrit dans la continuité des sept précédentes. Elle rappelle que la technologie, aussi utile soit-elle, ne vaut que par la qualité humaine de celui qui l'utilise.
Ce que vous devez retenir
• Transparence - vous pouvez expliquer à votre patient que vous utilisez un outil numérique pour coter vos actes, simplement, honnêtement, sans jargon.
• Consentement - pas de formalité spécifique si aucune donnée nominative n'est traitée ; si des données personnelles sont impliquées, le patient doit être informé.
• Confiance - une cotation juste est un acte de soin à part entière ; elle protège votre patient d'une surfacturation et vous protège d'une sous-facturation.
• Rôle de médiateur - vous êtes l'interface entre la technologie et la personne soignée ; vous êtes qualifié pour ce rôle, à condition de comprendre les outils que vous utilisez.
• Principe fondamental - l'outil sert la relation de soin, mais la relation de soin ne sert pas l'outil. Jamais.
On sait à quel point la cotation NGAP peut peser dans votre quotidien. Alors on a construit un outil qui vous aide à coter juste, simplement : un moteur de cotation NGAP automatisé. Inscrivez-vous pour rejoindre la communauté dès son lancement.
Bienvenue parmi les premiers !
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La fin de la série, et le début de votre pratique
Vous avez lu les huit articles de cette série. Vous savez maintenant ce qu'est l'IA, comment elle est encadrée, comment elle peut vous aider à coter correctement vos actes, et comment en parler à vos patients.
La question qui perdure, c'est : qu'est-ce que vous allez en faire ?
Le CNOI ne demande pas aux IDEL d'être des experts de l'IA, il leur demande d'être des professionnels éclairés, capables de comprendre les outils qu'ils utilisent, d'en assumer la responsabilité, et de rester pleinement présents dans la relation de soin. Ces recommandations sont exigeantes mais vous êtes désormais en mesure de les atteindre !
Idelia a été conçu pour vous accompagner dans cette démarche, pas pour remplacer votre expertise. Vous bénéficiez désormais d’un outil fiable, transparent et adapté, au service de votre pratique et de vos patients.
Idelia calcule. Vous décidez. Toujours.
Cet article clôt la série « L'IA pour les IDEL — Ce que l'Ordre recommande, ce que ça change concrètement », ancrée sur les Recommandations du CNOI (septembre 2025). Sources : Position et recommandations du CNOI relatives à l'utilisation de l'IA par les infirmiers, septembre 2025 — Code de la santé publique, art. L. 1110-4 — Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) — Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act).