Vous avez compris grâce aux articles précédents ce qu’est l’IA, et vous connaissez désormais le cadre légal qui l’encadre. Vous savez aussi que vos données « patients » sont protégées, et que pour chaque décision professionnelle, la responsabilité finale reste la vôtre. Tout cela, c’est déjà beaucoup d’informations ! Mais il reste encore une question très utile : comment utiliser correctement un outil d’IA de cotation NGAP au quotidien ?
Parce que connaître un outil et savoir l’utiliser sont deux choses différentes. La recommandation n°5 du CNOI l’a bien identifié : une formation technique est nécessaire, non pas pour devenir expert de l’algorithme, mais pour comprendre comment l’alimenter correctement, comment lire ce qu’il produit, et quand faire confiance (ou ne pas faire confiance) à son résultat.
Cet article est le plus concret et « terrain » de la série. Il vous donne les clés pour utiliser un moteur de cotation NGAP comme Idelia de façon efficace, sûre, et alignée avec vos obligations professionnelles.
Cet article est le cinquième d’une série en huit parties sur l’IA à destination des IDEL. Le précédent traitait de la responsabilité professionnelle face aux outils d’IA : qui est responsable en cas d’erreur algorithmique, et comment s’en protéger. Si vous ne l’avez pas encore lu : → IA et responsabilité infirmière : qui est responsable quand l’algorithme se trompe ?
Ce que l’outil fait, et ce qu’il attend de vous
Avant de parler de technique, un rappel de base qui conditionne tout le reste s’impose.
Un moteur de cotation NGAP est un outil entraîné à analyser une description d’acte infirmier pour la mettre en regard des règles NGAP en vigueur, et vous proposer la cotation la plus juste. Il ne peut malheureusement pas se projeter dans vos pensées, et il n’a aucune connaissance des soins réalisés et de votre patient, excepté les éléments dont vous lui parlez.
Ce qu’il reçoit comme contexte, c’est exactement ce que vous lui écrivez. Sa performance dépend directement de la qualité de votre description. C’est à la fois une contrainte et une opportunité : la contrainte, c’est qu’une description floue produit une cotation approximative ; l’opportunité, c’est qu’une description précise produit une cotation fiable, souvent meilleure que ce que vous auriez obtenu seul.
Cette logique a un nom dans le monde de l’IA : GIGO, « Garbage In, Garbage Out ». Autrement dit : si vous apportez au modèle IA des informations de mauvaise qualité, vous obtenez un résultat de mauvaise qualité et inversement.
Comment bien décrire un acte infirmier pour obtenir la cotation la plus juste
C’est le point le plus important de cet article. Et la bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin de connaître la terminologie exacte de la NGAP pour obtenir un bon résultat.
Ce qu’il faut inclure dans votre description
Une bonne description d’acte pour un moteur de cotation contient quatre éléments clés :
• Le type d’acte réalisé : injection, pansement, surveillance, éducation thérapeutique... En des termes naturels et précis, pas nécessairement techniques.
• Le contexte clinique pertinent : le patient est-il diabétique, sous anticoagulants, porteur d’une plaie chronique ? Ces informations conditionnent les majorations et les règles de cumul applicables.
• Les conditions de réalisation : est-ce un soin réalisé à domicile ? Un dimanche matin ? En urgence ? Ces éléments peuvent ouvrir droit à des majorations spécifiques.
• Les actes associés : si vous avez réalisé plusieurs soins lors de la même visite, indiquez-les tous. La gestion des cumuls d’actes est l’une des zones les plus complexes de la NGAP, et c’est précisément là que l’outil apporte le plus de valeur.
Un exemple concret
Comparez ces deux descriptions du même soin :
❌ Version floue : "pansement + piqûre"
✅ Version complète : "pansement de plaie chronique avec détersion sur ulcère veineux, patient sous anticoagulants oraux, diabète de type 2, + injection sous-cutanée d’insuline, domicile, lundi matin"
La première description peut générer une cotation de base correcte. La seconde permettra à l’outil d’identifier les majorations potentielles (patient sous anticoagulants, plaie chronique, cumul d’actes) et de vous proposer une cotation réellement optimale.
La différence ne prend que quelques secondes à rédiger. Elle peut représenter plusieurs euros par visite, multipliés par des centaines de visites dans l’année.
Ce qu’il ne faut pas inclure
Pour Idelia, une règle s’applique et elle est importante : n’entrez pas de données nominatives patients. Pas de nom, pas de numéro de sécurité sociale, pas de date de naissance. Comme détaillé dans l’article 3 de cette série, Idelia a été conçu pour ne pas en avoir besoin, ce qui réduit structurellement votre exposition au risque RGPD.
Ce que l’outil analyse, c’est la nature du soin et son contexte clinique, pas l’identité de la personne qui le reçoit.
Comment lire et valider le résultat proposé
Obtenir une cotation de l’outil, c’est bien. Savoir la lire, c’est encore mieux ! Et valider en connaissance de cause, c’est ce qui fait de vous un praticien actif et responsable dans sa pratique.
La cotation argumentée : pourquoi elle est essentielle
Un outil de cotation NGAP de qualité ne vous donne pas seulement un code acte. Il vous explique pourquoi il propose cette cotation : quelle règle NGAP s’applique, quel coefficient est retenu, quelles conditions de cumul ont été identifiées ou écartées.
C’est ce que l’AI Act appelle la transparence du raisonnement, et c’est une exigence fondamentale pour les systèmes d’aide à la décision en santé. Sans cette explication, vous ne pouvez pas exercer votre jugement professionnel. Vous n’êtes plus dans l’aide à la décision : vous êtes dans la délégation aveugle.
Chez Idelia, chaque cotation proposée s’accompagne de la justification réglementaire qui la fonde. Vous pouvez lire, comprendre, questionner. Idelia calcule, vous décidez.
Les trois questions à vous poser avant de valider
Avant d’appliquer la cotation proposée, prenez quelques secondes pour répondre à ces trois questions :
• Est-ce que je comprends pourquoi cette cotation est proposée ? Si la justification ne vous semble pas claire, c’est le moment de consulter la NGAP ou le module de formation. Ne validez pas ce que vous ne comprenez pas.
• Est-ce que la description que j’ai fournie reflète bien ce que j’ai réellement fait ? Si vous avez omis un élément (un acte associé, une condition de réalisation, un contexte clinique), la cotation peut être incomplète. Réessayez avec une description plus précise.
• Y a-t-il quelque chose dans ma situation réelle qui ne correspond pas à ce que l’outil a proposé ? Votre contexte clinique du jour, vous seul le connaissez. L’outil travaille sur la base de ce que vous lui avez décrit. Si la réalité est plus nuancée, c’est à vous de l’intégrer dans votre décision finale.
Connaître les limites de l’outil : ce qu’il ne sait pas gérer seul
La recommandation n°5 du CNOI ne demande pas seulement aux IDEL de savoir utiliser les outils d’IA. Elle demande de connaître leur périmètre de compétence : ce qu’ils font bien, et ce qu’ils font moins bien.
Ce que le moteur de cotation gère très bien
• Les actes courants et bien décrits : injections, pansements, prélèvements, soins infirmiers, éducation thérapeutique dans des situations types.
• Les règles de cumul standard entre actes infirmiers habituels.
• Les majorations liées aux conditions de réalisation (nuit, dimanche, zone sous-dotée) quand elles sont mentionnées dans la description.
• Les mises à jour réglementaires : Idelia intègre les avenants conventionnels dès leur entrée en vigueur.
Ce qui demande votre vigilance
Les situations cliniques complexes ou rares : patient avec plusieurs pathologies chroniques, prescriptions atypiques, cumuls d’actes inhabituels. L’outil vous proposera une cotation, mais la situation mérite que vous la relisiez avec plus d’attention.
Les évolutions très récentes : quand un avenant conventionnel vient d’entrer en vigueur, il peut s’écouler un court délai avant que l’outil soit pleinement mis à jour sur tous les cas marginaux. En cas de doute sur une règle très récente, vérifiez directement dans la NGAP.
Le BSI (Bilan de Soins Infirmiers) : la logique de cotation sous BSI est structurellement différente de la logique NGAP classique. L’article 6 de cette série sera l’occasion d’approfondir ce point, qui mérite un traitement dédié.
Vos informations de contexte non communiquées : votre patient a refusé un soin, la situation a évolué depuis la dernière visite, la prescription est ambigüe. Ces éléments, seul vous les connaissez. Ils font partie de votre jugement professionnel, pas du périmètre de l’outil.
Bonnes pratiques d’usage au quotidien
Au-delà de la description d’acte et de la lecture du résultat, quelques réflexes simples font la différence sur le long terme.
Intégrez l’outil dans votre flux de travail habituel, pas en dehors
Le moteur de cotation est fait pour être utilisé immédiatement après la réalisation du soin, quand les éléments cliniques sont encore frais dans votre mémoire. Une description rédigée en fin de journée, de mémoire, sera moins précise qu’une description faite dans les minutes qui suivent la visite.
Sur smartphone, dans le couloir, entre deux patients : c’est là que l’outil prend tout son sens. La cotation NGAP ne doit plus être une tâche administrative repoussée en fin de journée.
Ne copiez-collez pas sans lire
C’est la mauvaise habitude à ne surtout pas prendre. Un outil qui vous donne des résultats pertinents 95 % du temps peut vous induire en erreur les 5 % restants. La lecture de la justification est primordiale. Elle ne prend que quelques secondes, et elle est la garante de votre responsabilité professionnelle.
Rappelons ce que l’article 4 de cette série a détaillé : la responsabilité de la cotation finale vous appartient, que vous ayez utilisé un outil ou non. Utiliser un outil sans le valider ne vous protège pas. Le valider en connaissance de cause, si.
Signalez les résultats qui vous semblent incorrects
Aucun système d’IA n’est parfait. Si l’outil vous propose une cotation qui vous semble manifestement incorrecte, signalez-le. Chez Idelia, les retours des utilisateurs contribuent à l’amélioration continue de l’outil. Vous n’êtes pas seulement utilisateur : vous êtes partenaire de la qualité.
Utilisez le module de formation pour comprendre, pas juste pour appliquer
C’est probablement la bonne pratique la plus importante sur le long terme. Idelia ne s’arrête pas à la cotation : il intègre un module de formation conçu pour vous aider à comprendre les règles qui s’appliquent à vos situations.
L’objectif n’est pas que vous deveniez dépendant de l’outil. C’est exactement l’inverse : plus vous comprenez les règles NGAP, plus vous êtes en capacité de valider les cotations avec pertinence, et moins vous êtes vulnérable à une erreur de l’algorithme. La formation est une protection, pas une contrainte.
La recommandation n°6 du CNOI, que nous approfondirons dans le prochain article, insiste précisément sur ce point : savoir interpréter les résultats de l’IA, pas juste les appliquer.
Ce que dit le CNOI — Recommandation n°5
La recommandation n°5 du CNOI (septembre 2025) demande aux infirmiers de :
• Connaître le fonctionnement technique des outils d’IA qu’ils utilisent, pas seulement leur interface ;
• Comprendre ce que l’outil peut faire, et surtout ce qu’il ne peut pas faire ;
• Savoir formuler une requête pour obtenir un résultat pertinent ;
• Ne pas déléguer leur jugement professionnel à l’algorithme.
Cette recommandation s’applique à tout outil numérique utilisé dans le cadre de votre activité professionnelle : pas seulement aux outils IA. Mais avec une vigilance renforcée pour ces derniers, car leurs réponses peuvent sembler très convaincantes, même quand elles sont incorrectes.
Ce que vous devez retenir
- Décrivez l'acte avec précision - l'IA cote ce que vous écrivez, pas ce que vous faites.
- Mentionnez le contexte clinique - certaines majorations ne s'appliquent qu'à certaines situations.
- Lisez la justification avant de valider - vous restez décisionnaire, pas spectateur.
- Vérifiez manuellement les cas atypiques - l'IA gère le courant, pas l'exception.
- Signalez ce qui semble faux - vos retours améliorent l'outil pour tous.
- Utilisez le module de formation - comprendre la règle, c'est pouvoir la contrôler.
On sait à quel point la cotation NGAP peut peser dans votre quotidien. Alors on a construit un outil qui vous aide à coter juste, simplement : un moteur de cotation NGAP automatisé. Inscrivez-vous pour rejoindre la communauté dès son lancement.
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La suite de cette série
Ce cinquième article couvrait la dimension la plus « pratique » de la série : comment alimenter un moteur de cotation NGAP, comment lire son résultat, et quand s’y fier ou pas. Vous avez maintenant les clés pour utiliser Idelia à sa pleine valeur.
Dans le prochain article, nous franchirons un niveau supplémentaire. Parce qu’utiliser un outil correctement et interpréter son résultat sont deux compétences distinctes. Il existe des situations où la cotation proposée est techniquement juste selon les règles NGAP standard, mais où votre situation clinique réelle justifie une adaptation. C’est là que votre jugement professionnel prend toute sa place.
Cet article s’inscrit dans la série « L’IA pour les IDEL — Ce que l’Ordre recommande, ce que ça change concrètement », ancrée sur la Recommandation n°5 du CNOI (septembre 2025). Sources : Position et recommandations du CNOI relatives à l’utilisation de l’IA par les infirmiers, septembre 2025 — Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) — Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil (AI Act).